Exprimer ses émotions n’est pas facile.

J’ai longtemps été ce qu’on appelle communément une « handicapée sentimentale ».

C’est d’ailleurs ce qui explique mes facultés d’écriture. 

Enfant, j’étais incapable d’exprimer mes émotions à l’oral, alors j’écrivais des lettres. 

C’est drôle car j’ai grandi dans une culture qui prône tout l’inverse.  

Le sigle TKM (te quiero mucho) soit « je t’aime beaucoup » clôt 99% des textos. 

On dit « je t’aime » à son cousin, à sa meilleure amie et même à son professeur ( j’exagère à peine)

Vous auriez dû voir ma tête quand mon amie m’a crié “je t’aiiime” alors qu’on se changeait dans les toilettes du bar. 

En fait, elle était juste euphorique d’avoir sa première moto !

En Espagne, on exprime sa rage, sa joie, ses victoires et ses désillusions avec véhémence. 

Mettez 5 espagnols dans une pièce et vous verrez le volume sonore augmenter de 300%. 

C’est ce que j’aime et ce qui m’agace en Espagne. 

Tout est « vida loca ». 

La tempérance n’existe pas. 

J’ai toujours trouvé ça un peu trop. 

Dans le même temps, la culture française m’a toujours paru « pas assez ». 

Si l’Espagne est excès, la France est distance. 

Tout est mesuré, convenu et peut même sembler froid. 

Cette semaine, j’ai perdu un être cher. 

J’étais incapable d’appeler ma famille. 

Je ne voulais pas déranger. 

Je voulais respecter leur deuil. 

Je me suis réfugiée dans l’écrit. 

Puis, mon cousin m’a écrit : appelle-nous quand tu peux. On en a besoin.

J’ai pris une grande respiration et je les ai appelés sans trop réfléchir. 

Et je me suis retrouvée à ne pas trop savoir quoi dire.

 J’ai écouté et j’ai bafouillé des banalités : 

  • « je suis tellement désolée » – 
  • « reste forte pour surmonter cette épreuve avec Maria et Isidro » (=ses enfants)

En raccrochant, je m’en suis voulu.

Je m’en suis voulu parce qu’on est d’accord : ces phrases sont nulles et d’une banalité…

Je m’en suis voulu parce que ces mots n’expriment pas toute ma peine et mon soutien envers des gens que j’adore. 

A ce moment-là, j’ai réalisé 3 choses : 

1. Les mots sont toujours limités pour exprimer ses émotions

J’adore l’écriture, j’adore les mots. 

Ce sont des outils magnifiques pour exprimer nos pensées, nos émotions et nos sentiments. Un mot peut convaincre, inspirer et émouvoir. 

Mais un mot est toujours limité. 

Il ne pourra jamais traduire avec exactitude ce que l’on ressent. 

La palette de nos sentiments est immensément vaste. 

Chacun ressent la tristesse, la joie, la colère à sa façon. 

Par ailleurs, ce sentiment n’est pas exactement le même suivant les événements ou les périodes de nos vies. 

2. L’important ce n’est pas d’être juste. 

Notre éducation nous pousse à rechercher la justesse et la bonne réponse. 

Il y aurait un comportement parfait à adopter, un modèle à suivre. 

Cette croyance est si profondément ancrée qu’elle se manifeste dans tous nos comportements. 

Quand j’ai commencé l’accompagnement, j’avais cette prétention de vouloir donner la bonne réponse. Mon ego se rêvait en sauveur. 

Et je pensais que c’est ce qu’on attendait de moi. 

Grave erreur. 

L’important ce n’est pas la justesse mais bien la qualité de présence. 

3. Accepter l’inconfort de rencontrer ses émotions  

Rien ne m’énerve plus qu’un article ayant pour titre :  « apprenez à gérer vos émotions ».

Non, on ne gère pas une émotion – on la rencontre, et c’est déjà bien assez complexe.  Rencontrer ses émotions sans se juger, sans se dire qu’on a mal agi, qu’on aurait pu faire mieux. 

Vous remarquerez que c’est exactement le contraire de mon réflexe naturel. 

Apprendre à son cerveau à aller vers le non-jugement est un entraînement quotidien. 

Après avoir raccroché mon téléphone, je n’ai pas pu m’empêcher d’écrire un mot mon cousin : 

  » Je suis toujours à court de mots dans ces moments-là…. ». 

Sa réponse résume l’essence de cet article : 

 » Ton appel nous a vraiment réconfortés. Tu sais, parfois, moins c’est mieux ».

Là j’ai réellement compris : pour exprimer ses émotions, il suffit d’être

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