Il y a quelques années, j’ai décidé de me mettre au Yoga. 

Pour être totalement honnête, le Yoga s’est imposé à moi. 

À l’époque, mon âme traversait une nuit noire. 

J’avais le choix entre les médicaments ou le Yoga. 

J’ai “choisi” le Yoga. 

Je me souviens de ma rencontre avec Yvanka, une ancienne danseuse professionnelle russe reconvertie en professeur de Yoga. 

Dehors, il faisait nuit et froid et je n’avais qu’une envie : fuir. 

Je suis arrivée à l’association avec une tonne d’a priori et d’attentes irréalistes. 

Comme souvent dans ces moments-là, on cherche une solution immédiate à nos problèmes émotionnels.

Ivanka m’a tout de suite prévenu : 

 Ester – je ne suis pas magicienne, je ne te sauverais pas si tu ne te sauves pas toi-même. Qui plus est, il faut du temps pour se rencontrer vraiment. Certains n’y arrivent jamais”. 

Voilà qui est posé. 

Après cette entrée en matière des plus directes, me voici sur le tapis.

Nous débutons la première série. 

La pratique à laquelle j’assiste n’a rien à voir avec la vision fantasmée du Yoga. 

Il ne s’agit pas de rester immobile dans des postures étranges. 

Ici, nous enchaînons une cinquantaine de poses, le tout en émettant une respiration sonore proche du boeuf (= Ujjayi pranayama) et en fixant des points d’attention spécifiques sur notre corps (=Drishti). 

Bref, c’est une pratique très énergiquedéroutante et épuisante

Ne rigolez pas, je suis très sérieuse ! 

Vous devez le vivre pour en prendre vraiment la mesure.

Quoi qu’il en soit, comme dans la plupart des Yoga, une des postures phare est le lotus.

À l’époque je ne le sais pas, mais c’est l’équivalent d’un orgasme pour tous les yogis. 

Bien-sûr, même si je suis fragile, je suis encore dans une course à la performance. 

Aussi, je ne peux pas m’empêcher de regarder comment les autres se débrouillent.

Et là, je constate avec effroi que tout le monde y arrive sans difficulté. 

Je prends une respiration, car de mon côté je suis en souffrance. 

Je sens un blocage immense au niveau de mes hanches, mais je suis têtue. 

Je gigote dans tous les sens pour essayer de rentrer dans cette fichue posture, aussi inconfortable soit-elle. 

Et c’est vrai que je finis par y arriver….

…. pour quelques secondes ! 

Puis, la tension est trop forte. 

À mon grand dam, je me contente du demi-lotus.

Bien sûr, Ivanka a surpris ma tentative forcenée. 

À la fin du cours, elle me glisse : 

“Le lotus est exigeant. Pourquoi es-tu aussi dure avec ton corps ? Plus tu forceras et moins tu obtiendras”. 

J’ai fait mine d’acquiescer. 

Au fond, j’étais en désaccord total. 

Mais quand on rencontre Mère Teresa, on ne lui balance pas une méchanceté. 

Je tenais à préserver le peu de karma qu’il me restait. 

Pourtant, j’étais convaincue que la volonté dominait. 

Je croyais qu’il fallait forcer le destin, qu’en insistant on obtient toujours ce que l’on veut. 

Mon parcours ne m’avait-il pas démontré qu’il fallait lutter pour la vie ? 

Si je ne m’étais pas battue, je n’aurais jamais quitté ma condition. 

Je pense encore qu’il faut se battre. 

La démocratie, le droit de vote, l’instruction pour tous … tout cela n’existerait pas sans luttes. 

Pourtant, avec le temps j’ai fini par comprendre le message sibyllin d’Ivanka. 

Il y a des vérités qu’il faut accepter pour faire la paix et s’aimer soi même. 

Voici 5 choses que j’ai appris à accepter. 

1. Le changement est inévitable 

Combien de fois nous raccrochons-nous au passé ?
Nous savons que :

  • notre travail ne nous convient plus, 
  • notre couple bat de l’aile, 
  • nous n’avons plus rien à dire à cet ancien ami qu’on appréciait tant

Pourtant, nous gardons l’espoir d’un miracle.

Ne serait-il pas plus simple d’affronter la vérité en face ? 

Tout est impermanent. 

Ne vivons pas la fin du film comme un drame mais comme un nouveau départ. 

2. Nous ne pouvons pas tout contrôler 

Nous vivons dans la société du contrôle. 

Nous pestons quand notre train ou notre livreur a 5 minutes de retard. 

Le moindre imprévu provoque une crise de panique chez certaines personnes. 

Et malgré toutes nos précautions, la vie conspire contre notre volonté de puissance.

La Covid nous en offre le meilleur exemple. 

3. La vie n’est pas juste

Cela me fait mal de l’écrire. Pourtant, c’est une dure vérité. 

Certains naissent avec de meilleures cartes en main. 

Malgré les discours, l’égalité des chances reste une utopie. 

Toutefois, nous pouvons toujours améliorer la vie d’une personne moins fortunée. 

Si tout le monde faisait cela, notre société serait plus juste.

4. On ne peut pas supprimer la souffrance

“La vie n’est qu’une vallée de larmes” disait Jean d’Ormesson.

Longtemps, j’ai cru que la souffrance m’avait particulièrement choisi. 

Puis, j’ai réalisé que tout le monde vivait son lot de malheurs.

Et au fond, nous ne sommes pas là pour comparer nos tourments. 

L’important est de savoir rencontrer sa peine et de la laisser partir. 

5. Les gens vont nous décevoir, mais nous nous décevons nous-mêmes

Souvent, on se protège des autres, en particulier des inconnus. 

Nous avons peur qu’ils nous blessent surtout quand nous avons souffert. 

Les soufis disent qu’il faudrait pouvoir disposer d’un nouveau cœur chaque jour. 

Ainsi, nous n’aurions pas à porter le poids de nos blessures passées. 

De toute façon, tenons-nous prêts : les gens nous décevront. Toujours. 

D’autant plus, si nous nourrissons des exigences.

Et, nous en nourrissons toujours n’est-ce pas ?

D’ailleurs, nous avons tous fait des choses dont nous ne sommes pas fiers. 

C’est cela qui nous a permis de devenir meilleurs. 

Accepter ses 5 vérités n’est pas facile. 

Il faut du temps mais j’ai compris une chose : en forçant moins, on obtient plus. 

C’est ce que j’appelle la loi de l’effet inverse. Elle s’applique partout. 

D’ailleurs, avec le temps, j’ai fini par atteindre le nirvana du yogi : entrer en lotus 😍

Je suis certaine que vous pouvez aussi trouver un exemple.

Quel est-il ?

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