Résumé de ma thèse : L’information est devenue dangereuse. Pour préserver son bien-être, une déconnexion s’impose. Il ne s’agit pas de partir en retraite ou de supprimer les réseaux sociaux comme on l’entend souvent. Dans cet article, je vous présente mon approche.

Temps de lecture : 7 minutes

Dans cet article, nous verrons :

  • Partie 1. Pourquoi le trop plein d’information est néfaste,

  • Partie 2. En quoi les approches classiques de la déconnexion sont inadaptées,

  • Partie 3. Mon approche : intégrer des espaces de vide dans son quotidien

Mais avant de commencer, laissez-moi vous raconter le point de départ de cette réflexion. Il est vendredi soir, je viens d’arriver au château de Longeval. Cette superbe demeure située à deux pas de Lyon a été restaurée par une équipe de bénévoles. Ils l’ont transformée en centre de yoga et de méditation.

Pour les addicts, l’enfer ressemble au paradis

Je pose mes valises ici, car je vais entamer une retraite silencieuse de 3 jours. A l’époque, je suis tellement accro à mon PC et à mon téléphone portable que le seul moyen pour pouvoir m’en passer est de partir dans un lieu isolé et de me couper de tout.

La première fois, j’appréhendais énormément ce moment. Se retrouver seule face à soi-même sans pouvoir parler, lire ou même écouter de la musique est une expérience déstabilisante, surtout quand on est entouré de dizaines de personnes !

Pourtant, au fil des jours, je ressentais les bienfaits procurés par cet espace de vide.

Mon esprit était moins agité et mon corps semblait récupéré d’une intense fatigue.
Problème : je ne pensais pas être fatiguée !

C’est à ce ce moment-là que j’ai commencé à prendre conscience de l’impact des sur-sollicitations quotidiennes.

Malheureusement, une fois de retour dans mon environnement, je reprenais rapidement mes mauvaises habitudes.

Je ne voulais pas voir la réalité en face jusqu’à ce jour où la réalité m’a rattrapée…

I. Le trop-plein d’information est dangereux

On a longtemps pensé que plus d’information était une bonne chose. Davantage d’information devait conduire à de meilleures décisions. Ce principe est séduisant sur le papier.
Malheureusement, il ne correspond pas à la réalité.

Au contraire, plus d’information conduit à la paralysie analytique : plus on a d’information et moins on agit.
Vous ne me croyez pas ? Regardez autour de vous : est-ce que plus de choix facilite votre choix ? Nous n’avons jamais eu autant de choix. Les gens n’ont jamais eté aussi perdus !

Pourtant, nous semblons ignorer cette réalité.
Heureusement, nous commençons à prendre conscience des dangers du trop-plein dans d’autres domaines.

Dans l’alimentation, il est désormais indiscutable que le trop-plein de malbouffe conduit à des problèmes de santé. Les pouvoirs publics ont d’ailleurs pris des mesures pour nous alerter : taxe sur les produits trop sucrés, présence du nutri-score …

Les alertes sur l’alimentation

Les effets de la consommation d’information sur le bien-être psychique sont équivalents à ceux de la malbouffe sur le corps. Pourtant, personne ne nous alerte. 

Pourquoi refusons-nous de voir les méfaits de l’information ?

Nous ignorons les dangers de l’information pour plusieurs raisons :

  • L’information est confortable

Lire des livres, consommer des contenus, nous donne l’illusion de la connaissance. Malheureusement, consommer ne suffit pas. Il faut mélanger cette information à sa propre expérience pour acquérir la connaissance. Sinon, nous tombons dans le piège du collectionneur, nous accumulons l’information sans la digérer ni en tirer profit.

  • Notre environnement nous pousse au crime

Les modèles économiques des médias et des réseaux sociaux dépendent du temps que l’on passe sur leur plateforme.

Dans son livre, Hooked, Nir Eyal – ancien concepteur de solutions digitales nous expliquent que les entreprises investissent des ressources considérables pour rendre leurs services addictifs.

La volonté ou la connaissance du fonctionnement de ces plateformes n’empêchent pas de développer une addiction.  Je suis bien placé pour le savoir !

  • Il est plus facile de se voiler la face

J’ai longtemps refusé de regarder le temps que je passais derrière mes écrans. Je savais que le chiffre me déprimerait.
Plus on cherche à fuir la réalité, plus elle nous rattrape.

Avec le lancement de mon activité, mon addiction s’est intensifiée.
Je passais de longues heures à scroller sur les réseaux.

En bonne marketeuse, j’étais convaincue qu’il fallait que je scrute les offres de mes concurrents et que je sois hyper-active pour faire décoller mon activité. Le problème est que tout ça me rendait extrêmement anxieuse.

J’étais  irritable,  stressée et que ma capacité de concentration déclinait. Côté business, j’obtenais quelques résultats mais à quel prix ! Ma façon de travailler n’était pas soutenable. Je m’épuisais.

Plus j’avais d’informations et plus j’étais perdue.

  • L’addiction aux réseaux n’est pas condamnée socialement

A en croire les statistiques, je ne suis pas la seule.
Les Français passent en moyenne 5h37 par jour à surfer sur la toile dont 1h41 sur les réseaux sociaux.

Les réseaux au quotidien 

Les réseaux sociaux sont devant la consultation de la presse en ligne (1h06) et la radio (1h28).

Et 70% des Français vérifient leur messagerie toutes les cinq minutes ! Oui – toutes les cinq minutes.

Ces chiffres démontrent l’ampleur du phénomène : nous vivons à l’ère de l’ultra-connexion.

Du coup, il est normal de rester collé à son téléphone portable. Personne ne va vous culpabiliser si vous regardez vos mails ou répondez rapidement à vos messages.

Au contraire, on va saluer votre réactivité. Un jour, alors que je travaillais encore en banque en ligne, un client m’a appelée.

Il était très mécontent.

La raison : nous avons mis deux heures à répondre à son email ! Non seulement nous attendons une réponse immédiate, mais nous sommes devenus de moins en moins patients et de plus en plus insatisfaits.

Si cette tendance continue, nous courons au désastre.

Les dangers de l’ultra-connexion

Cette ultra-connexion a des effets néfastes sur le plan individuel et collectif.
Nos facultés intellectuelles sont menacées

La civilisation du poisson rouge

Notre capacité de concentration est en chute libre. Il devient de plus en plus difficile de travailler en profondeur.

Quand j’étais étudiante, il m’arrivait d’enchaîner deux à trois heures de composition écrite sans interruption.

Aujourd’hui, je peine à atteindre l’heure. Par ailleurs, avant de m’être fixé des contraintes, j’étais sans cesse interrompue par des notifications ou des messages.

Toutefois, pour être totalement honnête, ma tendance à scroller mon feed Insta, Linkedin ou Twitter dès que l’inconfort pointait le bout de son nez était aussi responsable de mes difficultés de concentration.

Nous devenons plus fragiles mentalement.

Nos organismes ont besoin d’un certain niveau de stress sans quoi ils s’affaiblissent.

Si nous n’avons pas l’habitude de marcher, la moindre petite balade va nous fatiguer.

Le même phénomène se produit au niveau de nos esprits.

Si nous n’avons pas l’habitude de vérifier la fiabilité de nos sources d’information, de prendre du recul et de confronter nos opinions, nous devenons moins tolérants et plus anxieux.

Préserver notre attention de la stimulation nous préserve du stress et de la polarisation.

La société se polarise autour d’idées minoritaires.


Internet et les réseaux sociaux amplifient la résonance de points de vue extrêmes. Récemment, nous l’avons vu avec le vaccin contre le covid ou l’immigration.

Des sujets qui concernent des minorités monopolisent l’espace médiatique alors que des sujets plus généraux sont délaissés ou traités de façon superficielle.

Avez-vous déjà lu une analyse sérieuse sur l’évolution de notre modèle éducatif, de notre système de santé ou de l’impact de l’accroissement des inégalités sur notre société ? Ces sujets ne font pas la une de l’actualité, car ils ne sont pas assez sensationnalistes et appellent au consensus.

La polarisation empêche l’émergence de consensus ce qui n’est pas sans poser problème. Toutes les avancées sociales se sont fait grâce au consensus.

Sans consensus, nous n’aurions pas pu imposer l’école obligatoire, les congés payés et accepter la progressivité de l’imposition.

Face à ces dangers, une réaction s’impose. Avant de changer la société, je vais me concentrer sur ce qui est le plus facile à mettre en place : le changement individuel.

Comment prendre conscience de ses excès ?

Heureusement, s’il n’y a pas de solution c’est qu’il n’y a pas de problème ! Voici différentes options qui permettent d’accepter son addiction et de réagir.

Demander de l’aide.

Personnellement, quand j’ai senti que je perdais pied, j’ai demandé de l’aide. J’ai appelé un ami créateur. Je me souviens encore de ces mots :

« L’information est dangereuse. Ton cerveau est une éponge. Tu ne peux pas t’imaginer à quel point tout ce que tu consommes pénètre ton inconscient « .

Mais ce qui a réellement fait la différence, c’est l’expérience bizarre qu’il m’a proposée.

Expérimenter.

Seule l’expérience sensible permet de changer un comportement.

Mon ami m’a proposé de faire l’expérience suivante : ne rien changer à mes habitudes, continuer à consommer de l’information et à aller sur les réseaux.

Par contre, pendant une semaine, je devais écrire tous les matins au réveil 3 pages avec ce qui me passait par la tête.

Je pourrais ainsi voir à quel point les voix des autres accaparaient mon esprit. Dès les premiers jours, j’ai eu un électrochoc.

Je recopiais sans m’en rendre compte des idées lues la veille ! Des considérations futiles hantaient mes pensées : est-ce que telle entrepreneure avait raison ?

Souvent, je doutais de mes envies car elles s’opposaient aux discours dominants. Grâce à cette expérience, j’ai pris conscience que tout avait une influence.

J’ai aussi réalisé que si je ne mettais pas en place des filtres, je courais tout droit au surmenage et au mal-être.

J’ai fait des recherches pour m’aider à mieux consommer l’information.

Malheureusement, je trouvais les approches classiques de la déconnexion inefficaces et inadaptées à ma personnalité et au monde contemporain. Et il y a de fortes chances pour que ça soit aussi votre cas !

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Dans mon prochain article publié ici, nous verrons en quoi les approches classiques de la déconnexion sont inadaptées. 

 

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