L’industrie du développement personnel nous rabâche qu’il faut sortir de sa zone de confort.

Notre environnement culturel nous pousse à la performance.

Or la vie m’a appris que parfois, il fallait accepter de rester dans son confort. 

Blashback. Nous sommes en 2018.

À ce moment-là, je cours 4 fois par semaine.

Je parcours entre 80 et 100 km.

Mon objectif est de préparer mon premier semi-marathon.

Je veux repousser mes limites.

Sortir de sa zone de confort 

Repousser les limites physiques et psychologiques m’a toujours fascinée.

J’ai découvert l’existence de Sciences Po quatre mois avant la date du concours.

On me disait qu’il était impossible de préparer le concours en si peu de temps surtout en sortant d’une ZEP.

Qu’il fallait que j’aille en prépa.

Il était hors de question que je perde une année de ma vie.

J’ai consacré chaque minute de mon temps libre à lire les imposants tomes écrits par Berstein et Milza sur l’histoire du 20e siècle.

Tous les jours, je lisais le Monde, le Courrier international et le Monde diplomatique et je prenais des notes.

Quand on m’invitait à une soirée, je refusais.

Quand on me proposait de faire du sport, je déclinais.

Une sortie au cinéma ? Pour quoi faire ?

Rien ne pouvait me distraire de mon objectif.

J’ai eu le concours de justesse…

En 2013, je décide de faire un tour des capitales de l’Europe de l’Est seule avec mon sac à dos.

En 2018, je réalise un trek au Népal pour faire le tour de l’Anapurna

En 2019, j’entame une semaine sans sucres, dont 4 jours de jeûne strict.

En 2020, j’effectue une retraite silencieuse.

Je pourrais multiplier les exemples.

Je cherche toujours à dépasser mes limites quitte à me mettre en danger. 

Souvent, le simple fait qu’on dise que c’est impossible me donne envie de le faire. 

Retour au semi-marathon

Revenons à cette année 2018. Le jour du semi-marathon arrive.

Je suis impressionnée par le nombre de personnes sur la ligne de départ.

Nous devons être plus d’une centaine.

J’écoute les conversations autour de moi.

Certains sont des habitués, d’autres de grands débutants.

Ils échangent leurs objectifs :

  • améliorer leur chrono,
  • s’amuser,
  • arriver au bout …

De mon côté, je ne parle à personne. Je reste focus.

Je veux finir en moins de 2 heures.

3-2-1 le départ est donné.

La course commence mal, très mal.

Après à peine 10 minutes, j’ai un point de côté.

Ce que je voulais éviter arrive.

Je suis partie trop vite et me suis laissée emportée par le rythme des autres.

Voilà ce qui arrive quand on n’écoute pas sa propre musique.

Du coup, les premiers kilomètres sont horribles. Je souffre vraiment.

Je m’accroche. Il est hors de question que je m’arrête.

Pas après tous mes efforts !

Le point de côté finit par disparaître, mais je ne vis pas bien ma course.

Je sens que je suis à la traîne.

Ma fréquence cardiaque est dans la zone rouge donc je ne peux pas accélérer.

Ma stratégie : attendre les deux derniers kilomètres avant de tout donner.

J’ai exécuté ce plan.

A l’arrivée, mon conjoint et une amie m’attendent le sourire aux lèvres.

Je ne les regarde même pas.

Je ne pense qu’à une chose : récupérer mon chrono.

Je file demander mon temps. Le verdict tombe : 2h04.

Je me mets à pleurer.

Non, ce ne sont pas des larmes de joie.

Je suis déçue, extrêmement déçue.

À cela s’ajoute la colère contre moi-même.

J’ai raté mon objectif à moins de 4 minutes près.

Mon conjoint et mon amie ne comprennent pas.

Ils me félicitent d’être allée au bout.

Cela ne faisait que 6 mois que je courais.

Ils me soufflent : allons fêter ça !

Je rétorque « fêter quoi ? ».

Les gens sous-estiment à quel point je suis exigeante 

J’ai essayé de dépasser ça. 

Je sais qu’on ne peut pas être excellent partout. 

Que les autres ne vous jugent pas sur l’excellence, mais sur la satisfaction de leurs propres besoins. 

Il reste que cette semaine, le fait de sortir de ma zone de confort m’a destabilisée. 

C’est vrai je n’ai pas l’habitude de parler devant un auditoire. 

Je n’ai pas l’habitude d’enregistrer une formation. 

Je suis bien plus à l’aise à l’écrit. 

On entend partout qu’il faut sortir de sa zone de confort. 

Je ne pense pas forcément que ça soit une bonne chose. 

Mes excès m’ont appris que cela peut vraiment être autodestructeur et entraîner de sérieux problèmes de santé. 

Pourtant, je suis de celles qui s’ennuient quand elles font du sur-place.  

Du coup, comment savoir quand dépasser sa zone de confort ? 

Pour moi, il faut se poser 3 questions : 

  • Est-ce que ce défi génère de l’enthousiasme ? 
  • Est-ce que ce défi nourrit mes activités actuelles ? 
  • Est-ce qu’en ce moment, je suis armée pour surmonter la frustration ?  

Si ce nouveau défi ne génère aucun enthousiasme, n’entraîne aucune synergie avec nos activités et nous fragilise alors autant rester dans la commodité.

Toute la difficulté consiste à écouter son cœur et non pas sa peur. 

Dans mon cas, j’ai beaucoup aimé intervenir en présentiel et tourner cette formation.

Je sais qu’il me faudra 10 ans pour atteindre le niveau d’aisance que j’ai à l’écrit. 

Et je n’arriverais peut-être jamais à atteindre la barre imaginaire que je me suis fixée…

Pour ne rien arranger, ma mentor m’a glissé “Ester, la chose la plus importante quand tu entreprends c’est d’identifier tes forces, te fixer des limites et t’entourer de gens plus talentueux.”

Heureusement, Nietzsche me souffle de “chercher le plus de déplaisirs possible comme le prix à payer pour la croissance”. 😍

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